Robert Indiana Américain, 1928-2018

« Je suis un peintre américain de signes. » Cette proclamation de Robert Indiana est tout un programme. Après des études d’art, il décide que sa mission sera d’exprimer le vécu américain et prend d’ailleurs comme pseudonyme le nom de son État natal : Indiana. Il s’installe à New York en 1956 dans un atelier qui domine l’East River et se lie à des artistes abstraits, notamment à Agnes Martin et Ellsworth Kelly, ses voisins sur Coenties Slip, une rue à la pointe sud de Manhattan. Sa production est marquée par une austérité formelle qui s’exprime à travers des nombres et des mots quasi abstraits, mais à la forte qualité expressive. Si au début il se qualifiait de simple peintre d’enseigne, il devient vite un représentant éminent du mouvement Hard-Edge, le Pop Art géométrique. Comme ses collègues du Pop Art, Indiana se démarque de l’improvisation de l’Expressionisme abstrait et décide à l’avance de ce qu’il va peindre afin de pouvoir se contenter d’enregistrer les faits. Il rejette l’imprévu, l’inattendu et jusqu’aux traces non préméditées des coups de pinceau, et déclare : « La touche, témoin de la personnalité, et le dripping encore plus égotiste… Le travail dans la pâte ? Une indigestion visuelle ! » Il fera l’éloge du caractère « dépersonnalisé, anonyme et objectif » du Pop Art. Dès 1962 déjà, Indiana voulait émettre des messages pour créer une complicité avec le spectateur. Dans des compositions présentées comme de véritables blasons héraldiques, il inscrit les mots « Hug » (étreindre), « Love » (aimer)… ou encore dans le grand tableau en deux panneaux de 1962 dans un cercle blanc sur fond de couleur "Eat-Die" (manger-mourir). Si pour l’artiste cette œuvre renvoie à un souvenir très précis, car le dernier mot de sa mère avant de mourir fut « eat », il propose sous forme lapidaire un message universel. Par ses monosyllabes, souvent chargés d’une grande valeur affective, il associe de façon novatrice langages verbal et visuel. C’est le choix du mot anglais Love, symbole d’amour emblématique dans de nombreuses cultures populaires, qui va le faire connaître mondialement. Cette œuvre va prendre la même dimension symbolique que la colombe de la paix de Picasso ! Vers le milieu des années 1960, en relation étroite avec l’idéalisme ambiant, le concept original « Love » a vu le jour avec comme couleurs le rouge, le vert et le bleu, et surtout le « O » rouge légèrement incliné. Il sera suivi de séries de peintures, de sculptures et d’estampes qui immuablement épellent ces quatre lettres. Des répliques suivront en d’autres matériaux, à des échelles différentes, de sorte qu’il reste l’emblème mondial de Robert Indiana. Plus tard, cette fois-ci pour des raisons politiques afin de montrer son adhésion au président Barack Obama, l’artiste l’accompagnera du terme « Hope ».


Robert Indiana, born Robert Clark in 1928 in New Castle, Indiana, is one of the major American artists of the 1960s.  Making the word a central element of his work and calling himself an "American painter of signs," Indiana explores American identity, personal history, and the power of abstraction and language. Although he is recognized as one of the leaders of Pop Art, Indiana distinguishes himself from his peers by addressing important social and political issues and incorporating historical and literary references into his work.He is internationally recognized for his work on the word "love", which he has translated into various media and languages.