FR/
LE PLATONISME HARD DE L’ASCÈTE DE SÈTE
Peindre ce que voient les aveugles
Excerpt from a text by Michel Onfray
Ce sont les œuvres faites à Sète, une ville qui, sans en avoir l’air, concentre le génie libertaire, autrement dit, le génie de ceux qui ne mettent rien plus haut que la liberté. Cette ville fabrique des singularités rebelles, elle produit des individus solitaires, elle accouche de tempéraments – Brassens & Valéry, Vilar & Belaval, Soulages & Combas. Excusez du peu. D’où le titre : Été à Sète et dans ma tête (…) Sète c’est plus qu’une ville pour Robert. C’est bien sûr l’endroit où sa famille arrive après Lyon où il est né ; c’est le lieu de l’enfance et de l’adolescence ; c’est le lieu des jeunes années ; c’est le lieu des bêtises de cet âge ; c’est le lieu de l’École des Beaux-Arts où ses parents modestes, notamment son père ouvrier et communiste, se réjouissent qu’il soit admis. C’est aussi désormais la ville dans laquelle le peintre dispose d’une maison pensée par Geneviève et qui fait face au vaste monde que raconte le cimetière marin du poète. Au-dessus des bâtisses de Soulages et de Vilar, face à la mer Méditerranée avec son histoire, de Homère à Valéry, la maison pèse de tout son poids ontologique. Sète vit sa vie loin de la côte des snobs et des bourgeois, des mondains et des désœuvrés, des milliardaires et des nouveaux riches. Sète la populaire et la mal peignée, Sète l’hirsute et la tatouée, Sète la poissonnière et la harengère, Sète la rital et l’africaine (…) Sète est une force dans une époque avachie.
EN/
THE HARD PLATONISM OF THE ASCETE OF SÈTE
Painting what the blind see.
Extrait du text by Michel Onfray
These are works created in Sète, a city which, without seeming to, concentrates a libertarian genius – in other words, the genius of those who place nothing above freedom. This city forges rebellious singularities, produces solitary individuals, gives birth to strong temperaments – Brassens and Valéry, Vilar and Belaval, Soulages and Combas. No less. Hence the title: Summer in Sète and in My Head (…). Sète is more than just a city for Robert. It is, of course, where his family arrived after Lyon, where he was born; it is the place of his childhood and adolescence, the place of his early years, the place of youthful mischief, the place of the School of Fine Arts where his modest parents, especially his father, a worker and a communist, rejoiced at his admission. It is also now the city where the painter has a house designed by Geneviève, facing the vast world evoked by the poet’s marine cemetery. Above the buildings of Soulages and Vilar, facing the Mediterranean Sea and its history, from Homer to Valéry, the house carries its full ontological weight. Sète lives its life far from the coast of snobs and bourgeois, of socialites and idlers, of billionaires and the newly rich. Sète the popular and unkempt, Sète the hirsute and tattooed, Sète the fishmongers’ city, Sète Italian and African (…). Sète is a force in a time grown slack.
